Si bêle le zèbre ut...
 



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C'était
encore l'automne. Le temps ne semblait s'égrener qu'extrêmement
lentement, grain par grain, seconde par seconde. Chaque instant nous
semblait prendre des heures et l'hiver ne venait pas. Pourtant les
arbres se dépouillaient et les vieillards s'inclinaient, mais nous,
nous paraissions immobiles, enfermés à jamais dans une adolescence qui
ne finirait pas.




Nous, c'était Sébastien, Pierre et moi, la moitié de la population
mineure, condamnés à vivre reclus parce que nos parents préféraient la
campagne et l'isolement. Nous voyions dépérir ceux qui avaient peuplé
notre enfance, les vieilles dames sèches et leurs époux bourrus.
Doucement les maisons se vidaient, les unes après les autres. Les rues
étouffaient de silence, les façades s'effritaient et nous récitions la
liste des disparus, et toi, est-ce que tu te souviens de ceux d'il y a
deux ans ? Ou de l'année d'avant ? Seul le cimetière s'étendait,
brandissant ses croix.




Le village entier vivait dans une atmosphère ouatée semblant empêcher
tout excès. Cette étrange léthargie, cette austérité ambiante ne
s'interrompait qu'une fois la semaine, lorsque les vieillards et nos
parents avec eux se recueillaient à l'église. Pendant ces deux heures
nous étions libres, sans regards depuis la fenêtre pour peser sur nous.
Le ciel nous semblait se dégager un peu et nos poumons mieux s'emplir
d'air. Alors nous parlions à pleine voix, la tête haute et nous
élaborions des projets.




Nous rêvions de partir. Nous aurions construit une barque immense qui
nous aurait emmenés ailleurs, un ailleurs coloré et vivant. Nous
aurions accosté en plein jour, accueillis comme des héros qu'en chemin,
nous serions peut-être devenus. Nous nous serions inventé un passé ou
bien personne ne s'en serait soucié, nous aurions été les enfants de
personne. Cette vie nouvelle nous semblait de jour en jour plus
prometteuse. Nos espoirs se tournaient vers le lac, porteur de toutes
les possibilités, annonçant des merveilles qui dépassaient notre
imagination. Parfois un rayon de lumière, subrepticement, faisait
scintiller l'eau et nous croyions à un présage. C'était un signe de
plus, qui s'ajoutait à l'innombrable collection que nous en faisions,
tous les trois. Nous conservions notre secret bien à l'abri, au creux
de notre solitude.




Puis un soir d'automne, Pierre est tombé malade. Chaque jour son teint
blanchissait un peu plus, et chaque jour nous lui rappelions le projet.
Il fallait guérir puisqu'on partirait pour un ailleurs où l'on ne
serait pas malade.




Ce fut l'hiver. Une croix s'ajouta, et nous ne sommes jamais partis.

24.11.05 22:21
 




Aller à la date 3 Commentaire(s)     URL de TrackBack


(26.11.05 12:26)
rah p'tain c'pas gai. c'est bien écrit mais ça fiche le moral dans les tongs. )(


(26.11.05 15:45)
( c'est ton devoir d'expression écrite c'est ça ? )
ptain c'est clair, c'est pas gai mais extrement bien écrit. du talent je dirais même.


(27.11.05 19:24)
c'est vraiment bien écrit... vraiment.

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